
Plus de 50 civils libanais, dont une majorité de femmes et d'enfants, ont péri hier matin dans le pilonnage par les forces israéliennes du village de Cana, faisant apparemment dérailler une mission de la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, visant à trouver une issue au conflit.
«Il n'y a pas de place pour des discussions en cette triste journée», a lancé le Premier ministre libanais, Fouad Siniora, dans une allocution télévisée, dénonçant «les criminels de guerre israéliens».
M. Siniora a exigé «un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, ainsi qu'une enquête internationale sur les massacres israéliens au Liban».<br />Quelques minutes avant l'annonce de M. Siniora, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, avait déclaré qu'Israël n'était «pas pressé de parvenir à un cessez-le-feu».<br /><br />A l'appui des déclarations de M. Siniora, une source officielle libanaise, qui a requis l'anonymat, a indiqué que la secrétaire d'Etat américaine, qui se trouvait hier matin à Al-Qods, ne viendrait pas à Beyrouth.<br /><br />La visite de Mme Rice à Beyrouth n'avait jamais été annoncée, mais était considérée comme une quasi-certitude après ses entretiens avec les dirigeants israéliens. L'objectif de sa mission étant de trouver un moyen de mettre fin à un conflit de plus en plus sanglant, qui a déjà coûté la vie à 506 personnes au Liban, des civils dans leur immense majorité.<br /><br />Le bilan provisoire du bombardement de Cana était d'au moins 51 personnes, dont 22 enfants, selon le responsable des opérations de secours.<br />Il s'agit d'ores et déjà de la frappe la plus meurtrière depuis le début de l'offensive israélienne au Liban contre le Hezbollah, le 12 juillet.<br />Ce bilan risquait toutefois de s'alourdir, certaines personnes étant encore ensevelies sous les décombres.<br /><br />Cana a été totalement dévasté par les frappes israéliennes qui ont commencé avant l'aube le pilonnage par air, mer et terre ayant duré deux heures, selon la police. Les cibles se trouvaient dans trois zones, à l'entrée, au centre et sur un flanc du village.<br /><br />L'armée israélienne a rejeté l'entière responsabilité de la tragédie sur le Hezbollah, en affirmant que la milice du parti chiite «(utilisait) le village de Cana comme base de tirs de roquettes».<br /><br />«C'est lui qui est responsable si le secteur est devenu une zone de combats», a déclaré à l'AFP un porte-parole de Tsahal.<br /><br />Il a indiqué que Tsahal avait averti les habitants «depuis plusieurs jours» qu'ils devaient quitter la zone et que «la plupart l'ont fait».<br /><br />Pour sa part, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a exprimé ses «regrets pour la mort de civils innocents».<br />A Beyrouth, des manifestants en colère ont attaqué à coups de pierres la «Maison de l'Onu», siège de l'organisation internationale, a constaté un photographe de l'AFP.<br /><br />Cana avait déjà été frappé par une tragédie similaire il y a plus de dix ans, le 18 avril 1996, lorsque 105 civils avaient été tués dans un bombardement israélien lors de l'opération «Raisins de la colère», qui visait déjà le Hezbollah.<br />Les condamnations internationales unanimes de ce drame avaient alors contraint Israël à stopper cette opération.<br /><br />Mais le contexte est aujourd'hui différent comme le montre la déclaration faite par M. Olmert à l'ouverture de la réunion hebdomadaire du gouvernement.<br />«Israël n'est pas pressé de parvenir à un cessez-le-feu avant que nous arrivions au point où nous pourrons dire que nous avons atteint les principaux objectifs que nous nous sommes fixés», a-t-il dit.<br /><br />Les deux principaux objectifs de l'offensive israélienne consistent à éloigner le Hezbollah de la frontière et à le désarmer pour l'empêcher de tirer des roquettes ou des missiles sur le territoire israélien.<br /><br />L'offensive israélienne au Liban a été provoquée par la capture par le Hezbollah, le 12 juillet, de deux soldats de Tsahal du côté israélien de la frontière. Le Hezbollah a de nouveau tiré hier matin une quinzaine de roquettes sur le nord d'Israël, selon l'armée israélienne, qui n'a pas fait état de blessés. Depuis le début du conflit, quelque 1.800 roquettes du Hezbollah se sont abattues sur le Nord d'Israël.<br /><br />Samedi, le leader du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, a menacé Israël de prendre pour cible les villes du centre du pays.<br />En Israël, 18 civils ont été tués par ces roquettes, alors que 33 militaires sont morts dans le cadre de l'offensive israélienne au Liban.<br /><br />Arrivée samedi en Israël, Mme Rice s'est entretenue hier avec son homologue Tzipi Livni, après un premier entretien samedi soir avec M. Olmert qui a porté, selon la radio publique israélienne, sur l'aide humanitaire pour le Liban et le déploiement d'une force internationale. Mais la rencontre n'a pas évoqué de calendrier de mise en place d'un cessez-le-feu, a ajouté la radio.<br /><br />Israël avait refusé samedi une trêve de 72 heures demandée par l'Onu afin d'évacuer les blessés et d'acheminer des aides au Liban sud, en arguant que le Hezbollah «profiterait de l'occasion pour rassembler des civils dans les zones de combats afin de les utiliser comme bouclier humain», selon les propos d'un porte-parole.<br /><br />La nouvelle mission de Mme Rice, la seconde en moins d'une semaine, a été présentée par le Président américain George W. Bush, le principal allié d'Israël, comme la première étape d'un plan pour mettre fin aux hostilités.<br /><br />Ce plan doit normalement se poursuivre par des discussions aujourd'hui à l'Onu sur la composition et le mandat d'une force internationale qui serait dépêchée dans le Sud du Liban.<br /><br />Ailleurs au Liban-sud, de violents combats entre soldats israéliens et combattants du Hezbollah ont éclaté hier matin près du village libanais de Taïbé, à la frontière avec Israël, selon la police libanaise.<br /><br />Par ailleurs, des frappes israéliennes, dans la nuit de samedi à dimanche, ont coupé la route internationale Beyrouth-Damas, fermant de facto la frontière entre le Liban et la Syrie.<br /><br />Tsahal a précisé que le but de ces raids était d'empêcher toute livraison d'armes au Hezbollah à partir de la Syrie.<br /><br />Le conflit a fait plus de 800.000 déplacés au Liban et entraîné l'évacuation de ce pays de dizaines de milliers d'étrangers.<br /><br />Parallèlement, l'armée israélienne mène depuis le 28 juin une opération dans la bande de Gaza pour retrouver un soldat capturé par des groupes palestiniens. 147 Palestiniens ont été tués depuis le début de cette offensive.<br /><br />Source : Le Matin