Ils étaient nombreux à participer à la marche de solidarité avec les peuples palestinien et libanais, organisée hier à Casablanca par l'Association de soutien de la lutte du peuple palestinien et le Groupe d'action marocain de soutien à l'Irak et à la Palestine. Partis politiques, syndicats nationaux, représentants de la société civile, artistes, femmes et enfants ont défilé côte à côte pour clamer leur indignation face au massacre perpétré par l'armée israélienne contre le Liban.
Il était 10h quand le cortège prit le départ de la place de la victoire à Derb Omar pour s'acheminer jusqu'au rond-point Hassan II-Zektouni en empruntant le boulevard Lalla Yacout, déployant ainsi des centaines de banderoles mêlées aux drapeaux libanais et palestinien sur une dizaine de kilomètres.
«On est un million !», affirmait Mohammed Aït Ali, membre du Mouvement de l'Unification et de la Réforme, en formant les rangs de son cortège. Quelque 60.000 Marocains ont défilé dans les rues de Casablanca, en soutien aux peuples libanais et palestinien, alors que le Liban entame sa quatrième semaine de guerre. La manifestation se voulait «massive», elle l'a été.
En apparence, la marche semblait essentiellement dirigée par des organisations islamistes. Femmes et hommes avaient leurs cortèges distincts. Durant tout le trajet, les manifestants ont scandé des slogans hostiles à Israël et aux Etats-Unis tels que «Israël, une organisation terroriste», «Bush assassin» ; d'autres banderoles au contraire glorifiaient le cheik Hassan Nasrallah et son parti, le Hezbollah : «Allah, Allah, nous sommes tous Hezbollah», entonnaient tous les participants.
Ainsi la manifestation appelait plus à la condamnation d'Israël qu'à un arrêt des violences. «Je viens appeler au Djihad à cause de ce qui s'est passé à Qana», affirmait un enfant d'à peine cinq ans, sous l'œil bienveillant de sa mère. Les refrains appelaient, pour la plupart, au bombardement de Tel Aviv et à la destruction d'Israël. «On est venu en solidarité avec les peuples libanais et palestinien pour manifester notre indignation face aux agressions sionistes», confiait Mohamed, avant de prendre part au cortège.
Mais, à ces messages de colère, voire de haine, se mêlaient aussi les appels à la paix et au cessez-le feu. «Participer à cette manifestation est un moyen de se sentir moins passif, et une manière d'afficher notre soutien au peuple libanais. Si les instances internationales voient qu'on affiche notre désaccord, qu'on est contre ce qui se passe, notre voix peut conduire à la paix. Je compte surtout sur les gouvernements arabes pour cela», affirmait Imane, une adolescente d'à peine 16 ans, dessinant des drapeaux libanais sur les joues d'autres marcheurs.
Des centaines de jeunes manifestaient, comme elle, leur sentiment d'exaspération. «On se sent proche de ces peuples, on est tous arabes, et on a envie de montrer notre indignation face à ce qui se passe au Liban, c'est inacceptable et insupportable. J'encourage tout le monde à venir. Plus il y a de voix, plus ce sera vu et reconnu, plus on aura de chances de nous faire entendre», s'exclamait ainsi Hind, qui voudrait que les Marocains se sentent plus concernés par ce qui se passe au Proche-Orient. C'est sûrement ce que pensait aussi cet homme qui défilait derrière elle avec un panneau sur lequel était écrit : «2M danse et les gens meurent».
Se joignaient aussi au cortège, des Libanais, touchés par le nombre de personnes réunies autour de leur cause.
« Je suis Libanais, ma famille est toujours au Liban à Beyrouth, confiait Kahil. Je prends des nouvelles tous les matins, de là-bas, les manifestations sont considérées comme un important soutien moral.» Même si c'est au gouvernement israélien que les manifestants en voulaient le plus, plusieurs messages étaient également destinés aux pays arabes et aux Nations unies à qui ils reprochaient de ne pas faire assez pour exiger un cessez-le-feu.
«A l'échelle internationale, il faudrait que les dirigeants se réveillent. Dans cette guerre, c'est l'honneur des Libanais qui est bafoué, pour des raisons économiques ou stratégiques, ils sont traités comme des chiens», ajoutait, à ce sujet, Kahil. On pouvait lire les inscriptions «Union des pays arabes» et «ONU» sur des cercueils d'enfants en carton, symbolisant les martyrs tombés sous les feux israéliens, portés par des militants qui scandaient «Martyrs et prisonniers, reposez en paix, le combat continue», dénonçant ainsi également le mutisme des instances internationales.
L'organisation, elle, laissait beaucoup à désirer. Au lieu de se souder en un seul bloc, les marcheurs se sont divisés en partisans, qui des organisateurs, qui du PJD, ce qui a provoqué une certaine confusion au déroulement de la marche. Cependant, malgré cette incohérence les participants avaient tous le même dessein, celui de dénoncer l'indicible qui se déroule au Liban et en Palestine.
En ce qui concerne les moyens nécessaires à la sécurité et aux besoins des manifestants, les autorités ont mis à disposition de ces derniers de l'aide médicale, de l'eau, tout au long de la marche.
Ainsi, les différents groupes ont appelé les pays arabes à soutenir «la résistance courageuse» du Liban et de la Palestine et à «davantage de soutien moral et matériel» à ces peuples.
D'une seule voix, les marcheurs ont dit «Non» aux massacres quotidiens et à la destruction systématique du Liban et de la Palestine. Plusieurs marches, comme celle-ci, se tiendront, les jours à venir, dans différentes villes du Royaume, tant que les massacres continueront.
Source : Le Matin