S’il y a un lieu à Tanger qui résume l’histoire de la ville et une bonne partie de celle du Maroc, c’est bien la place du 9 avril. Cœur battant de la ville, elle acquit ses lettres de noblesse lors de l’historique visite de feu SM Mohammed V à Tanger, un certain 9 avril 1947.
Cette base historique de taille n’a pas empêché la place de sombrer dans la décrépitude. Avec une forme de place à l’européenne, elle était baptisée Grand Socco ou Souk Dbarra (le souk à l’extérieur des murailles de la médina, s’entend). Il avait pour rôle de servir de raccord avec la ville ancienne à travers Bab El Fahs. Mais il était aussi la grande place, typiquement andalouse, bordée de cafés, de petits restaurants, de boutiques d’épices ou d’agrumes qui agrémentait le centre-ville. Le manque d’intérêt des autorités a fait sombrer le souk dans l’anarchie. A droite s’installaient les vendeurs ambulants de légumes qui n’ont pu trouver place dans le marché, à droite les gardiens de voitures et une cohorte de laveurs de voitures. Peu à peu, la circulation y devenait de plus en plus difficile. Il était aussi devenu commun de se voir refuser une course en taxi vers cette place.
Ce n’est qu’en 2005 qu’un vent de renouveau souffla sur la place. Avec la mise en place d’un plan de mise à niveau de la ville, la place ne manqua pas d’avoir sa part. Depuis, d’importants travaux d’aménagement y furent entamés. La place, dans sa nouvelle mouture fut ouverte aux passants depuis quelques semaines. Les habitants de la ville furent étonnés d’y découvrir une fontaine, entourée de plusieurs bancs en plus d’un nouveau revêtement du sol en pierre de granit à la place du bitume. L’éclairage a été également revu et modernisé par la même occasion.
La place donne accès à un bâtiment mythique, la Mandoubia, siège du tribunal de Commerce de Tanger. La Mandoubia, ancien siège du Mendoub, gouverneur de la Tanger coloniale, se mue le temps de quelques semaines en place de spectacles avec les festivals de Tanjazz et des nuits de la Méditerranée.
De l’autre côté de la place, entre des immeubles de style colonial, se dresse la bâtisse imposante du cinéma Rif. Longtemps considéré comme le «cinéma du peuple» avec à l’affiche les dernières productions du cinéma hindou, il avait fermé ses portes victime de la crise que connaît le secteur. Maintenant, cette salle est en train de connaître une seconde jeunesse avec l’installation de la Cinémathèque de Tanger.
Au total, plus de 120 millions de DH seront dépensés en matière d’espaces verts, places et fontaines sur les cinq prochaines années à Tanger. Une bonne part de ce budget, selon la mairie de Tanger, a été dépensée dans le réaménagement de la place du 9 avril.
Source : L'Economiste