
Attendu au tournant cette saison après un exercice 2006-2007 plus que mitigé, le FC Barcelone avait dans l’idée de conserver son exceptionnelle ossature tout en renforçant son effectif par quelques touches bien senties. Suite à l’arrivée hypermédiatique du crack Henry, des recrues de choix ont suivi, pas toujours bien connues du grand public mais sans doute pour pas très longtemps... Attention, le FC Barcelone 2007-2008 débarque.
Finaliste malheureux de la Supercoupe d’Europe et de la Coupe du Monde des clubs, humilié en demi-finale de la Coupe du Roi par Getafe, dépouillé de son titre de champion par l’ennemi madrilène, sorti dès les huitièmes de finale de la Ligue des Champions par Liverpool, le FC Barcelone n’a pas vécu une grande saison, c’est le moins qu’on puisse dire. Oubliée l’euphorie née du triomphe de Saint-Denis où Carles Puyol répondit à ses aînés de Wembley 1992 en soulevant bien haut vers les étoiles la deuxième Ligue des Champions du club catalan au nez et à la barbe de l’Arsenal de Thierry Henry. Aux oubliettes, l’orgueil renforcé par les deux derniers titres de Champion d’Espagne. Place au travail et au changement au sein d’un effectif où l’ambiance délétère n’a eu de cesse de causer de récurrentes frictions nocives à l’état d’esprit d’une équipe plus aussi brillante et solide sur le pré vert.<br /><br />Retour de l’ordre<br /><br />La confiance envers le staff technique a été renouvelée malgré les rumeurs de départ de Frank Rijkaard, vers le Milan AC notamment. Un nouveau règlement interne a été mis en place, suite aux larges écarts de conduite des stars de l’équipe, qui en ont irrité plus d’un dans le vestiaire blaugrana. Le départ de l’adjoint du coach hollandais, son compatriote Henk Ten Cate, parti prendre sa chance en tant que numéro un à l’Ajax Amsterdam, a fait du mal. Ce dernier se chargeait des basses besognes et faisait régner un semblant d’autorité qui s’est envolé en même temps que lui vers les contrées bataves. On saura rapidement si des progrès seront enregistrés dans ce domaine ô combien important dans la réussite d’une équipe.<br /><br />Puis le dossier des départs et des arrivées est rapidement devenu la priorité de dirigeants ayant clairement vu les manques physiques et tactiques enrayer la machine la saison précédente.<br /><br />Thierry Henry, arnaque ou bonne affaire ?<br /><br />Menées en secret, les tractations concernant le dossier Thierry Henry (Arsenal) ont permis d’acheminer le buteur français vers la Catalogne, malgré son refus de la saison passée et ses mots durs envers le FCB suite à la finale de la C1 : " ils n’ont pas été très bons, j’attendais plus de Ronaldinho et d’Eto’o. Leur esprit n’était pas top non plus ". Le début du cycle des Gunners et la perspective d’évoluer au sein de "la seule qui (m’)attire à part Arsenal" ont permis au Barça de faire signer un joueur désiré de longue date. Joan Laporta, le président catalan, a pourtant dû faire face à certaines moues dubitatives, concernant les blessures à répétition de TH et la somme déboursée : 25 M d’euros pour un élément de 29 ans ayant peut-être ses meilleures années derrière lui.<br /><br />Les nouveaux Galactiques<br /><br />D’autres ont dénoncé l’abondance de biens offensifs avec cette arrivée (Eto’o, Ronaldinho, Messi comme titulaires inamovibles) qui devra obliger à sortir un élément important ou milieu (Xavi ou Iniesta) pour aligner les quatre conjointement, ou bien de rompre l’équilibre patiemment construit ces dernières années en oubliant le 4-3-2-1 pour un 4-4-2 ou Ronaldinho et Messi ne défendraient pas sur leurs ailes. Laporta a toujours répondu à ces critiques par les chiffres, Henry est l’un des meilleurs buteurs mondiaux, et 25 M€ ne représentent pas un risque incommensurable.<br /><br />Le FC Barcelone aurait-il ajouté une star à sa collection ? Serait-il devenu un adepte de la défunte politique des "Galactiques" prônée par l’ancien Président du Real Madrid, l’omnipotent Florentino Perez ? Les arrivées suivantes tendent à prouver le contraire. Malgré le budget record du club (315 M€), le recrutement a tout d’une campagne plus que réussie.<br /><br />Une défense qui a de l’allure<br /><br />Pour satisfaire la volonté de Rijkaard de renforcer le poste de latéral gauche où Van Bronckhorst et Sylvinho rivalisaient d’irrégularité et commençaient à avancer en âge, Laporta s’est démené pour calmer les ardeurs de Jean-Michel Aulas et a offert à son coach Eric Abidal (28 ans), déboursant finalement 15 millions d’euros. Athlétique, puissant, à l’aise techniquement et donc offensivement, l’ancien Lillois devrait se régaler des intervalles que lui fournira son coéquipier placé devant lui, Ronaldinho. Le phénomène néerlandais Royston Drenthe (20 ans) était également une priorité mais son destin se dessine clairement en blanc du côté du Real Madrid. Quant à Belletti, il est annoncé sur le départ (Benfica), sans qu’on sache trop quoi en penser.<br /><br />Et pour renforcer cette défense qui a parfois pris l’eau, Puyol et Thuram n’ayant jamais évolué à leur meilleur niveau depuis le retour du Mondial allemand, Christian Chivu faisait figure de favori incontestable. Las ! Peu désireux de rejoindre la Catalogne et très gourmand sur le plan salarial, le Roumain a rejoint l’Inter Milan. La solution de remplacement n’a toutefois pas à rougir. Avec l’international argentin Gabriel Milito (26 ans), Franck Rijkaard n’a guère perdu au change. Puissant, courageux, sobre et leader dans l’âme, le joueur vaut a priori largement les 17 millions d’euros lâchés par le FCB au Real Saragosse. Lilian Thuram a du souci à se faire...<br /><br />L’arrivée du chaînon manquant<br /><br />Avec Iniesta (pour lequel l’intérêt du Real a bien fait rire en Catalogne), Xavi, et Deco comme éléments incontournables, le milieu de terrain barcelonais avait un pouvoir de création parmi les plus vastes en Europe. Il pêchait toutefois par manque de percussion physique, défaut rédhibitoire en Ligue des Champions face à Liverpool. Dans cette logique, le nom de l’Ivoirien Yaya Touré (24 ans) a rapidement fait l’unanimité dans l’état-major catalan. Arrivé de l’AS Monaco pour 12 millions d’euros, celui que tous comparent déjà à Patrick Vieira a tout simplement le potentiel pour devenir l’un des meilleurs joueurs du Monde à son poste. À sa qualité de récupération et sa brillance technique, s’ajoutent une accélération foudroyante et un sens inné du dribble. Assurément une bonne pioche. À confirmer toutefois sur le terrain. Côté départs, Thiago Motta n’aura aucun mal à trouver une destination où son temps de jeu sera moins famélique, comme en témoignait la direction catalane récemment : "Motta est l’élément le plus demandé, nous n’aurons pas de problèmes à le vendre". Edmilson, un temps proche de Newcastle, pourrait suivre le même chemin, tandis que Marquez n’entend pas déguerpir comme on voudrait l’y pousser et n’a pas abandonné l’idée de s’imposer en défense centrale, fort de sa magnifique Copa America avec le Mexique. Bon courage...<br /><br />Cette campagne de recrutement a en tous les cas démontré l’ambition de dirigeants habiles manoeuvriers et fins négociateurs qui ne se sont pas contentés d’ouvrir le porte-feuille pour rapatrier des stars en puissance, mais qui entendent les construire et les fabriquer eux-mêmes. D’autres noms ont bien circulé, comme le supersonique attaquant argentin de Boca Juniors, Rodrigo Palacio, mais sa venue n’a plus été d’actualité dès l’instant ou Thierry Henry a posé le pied à l’aéroport El Prat.<br /><br />La piste Franck Lampard n’a été qu’un feu de paille, l’offre catalane (15 M d’euros) étant balayée par un Chelsea bien conscient que son joueur cherchait uniquement à obtenir une revalorisation salariale par ses déclarations laissant penser à son prochain départ vers le FC Barcelone.<br /><br />Krkic, Dos Santos, les vraies attractions ?<br /><br />Les deux recrues les plus prometteuses sont finalement peut-être les deux issues du sérail interne. Bojan Krkic et Giovani Dos Santos incarnent l’avenir d’un club sortant toujours des monstres en puissance pour accompagner les cracks signés à prix d’or. L’équipe B du Barça ayant été reléguée en Tercera Division, la progression des deux jeunes talents était remise en cause à un niveau si bas. Leur intégration à l’équipe première fera sans doute des étincelles même si leur temps de jeu pourrait tout d’abord rester faible.<br /><br />Tous les ingrédients d’un grand cru 2007-2008 sont réunis, et si l’échec est au bout du chemin, difficile de l’imputer à la direction du club. Concurrencé par un Real Madrid armé jusqu’aux dents, le FC Barcelone revient dans le jeu pour récupérer ses trophées. En régalant la chique, comme de bien entendu !